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L'Art de Nicolas Economou
Vol. 6 - Beethoven

Sonate n° 12 opus 26 en la bémol majeur
1 Andante con variazioni
2 Scherzo. Allegro molto
3 Marcia funebre
4 Allegro

Sonate n° 28 opus 101 en la majeur
5 Allegretto
6 Vivace alla Marcia
7 Adagio ma non troppo
8 Tempo del primo pezzo - Allegro

Six Bagatelles opus 126
9 Andante con moto
10 Allegro
11 Andante
12 Presto
13 Quasi Allegretto
14 Presto - Andante amabile

DDD - Time : 56'38''

Extrait du livret
…par Baudime Jam

C'est dans un état de désenchantement et d'inquiétude tragique dû à l'indifférence de Giuletta Guicciardi qu'il compose en juin 1801, notamment, la Sonate dite de la "Marche funèbre", en raison de son troisième mouvement sous-titré : "Sur la mort d'un héros". Cette douzième sonate valut, à Beethoven, les louanges du critique de l'"Allgemeine Musikalische Zeitung" qui décrivit cette longue déploration comme "véritablement grande, sombre et magnifique". On notera que le Finale, d'un entrain optimiste et presque incongru, fait contraste avec la longue procession mortuaire du mouvement précédent et semble témoigner d'un sursaut vital pour s'arracher au désespoir. Que la musique ait été rédemptrice et salvatrice, cela ne fait aucun doute pour Beethoven qui écrivit : "Celui qui pénètre le sens de ma musique sera libre de toute la misère où se traînent les autres hommes."

La Sonate Op.101 nous projette quinze années plus tard, dans ce que l'on appelle parfois la "troisième période" de Beethoven. À ce moment critique de sa vie, le compositeur a perdu la plupart de ses mécènes, la surdité dont il souffre est presque complète, sa musique est dénigrée au profit des opéras de Rossini et son isolement est aggravé par de sordides soucis familiaux. Et cependant, la grande sonate à laquelle Beethoven travaille à l'automne 1816 ne porte nullement la trace de cette rancœur et de cette misère humaine qui domineront ses dernières années. Il s'agit, tout au contraire, d'une œuvre rayonnante et d'une exceptionnelle richesse d'inspiration et d'innovation. Elle est, avant tout, la première de ses sonates écrite explicitement pour le pianoforte, ("Hammerklavier"), dont l'organologie fait alors des progrès considérables, et l'on sait que Beethoven entretenait une relation assidue avec son ami, le facteur viennois Streicher.

Les Six Bagatelles Op.126, enfin, nous conduisent au seuil du catalogue de Beethoven qui, avec ce recueil
composé en 1823-24, fait ses adieux au piano. Rien de crépusculaire ici, cependant, mais plutôt un regard tourné
vers de nouveaux horizons. Les miniatures de ce cycle, considérées par le compositeur lui-même comme "les
meilleures qu'il ait écrit dans ce genre", ont déconcerté le public de l'époque, sans doute peu préparé à cette
esthétique de l'évocation fugace et de la "vision fugitive". C'est en effet avec une économie de moyen et une
concentration des effets sans précédent que Beethoven s'engage, avec cette partition, dans une voie indéniablement
novatrice et moderne qui préfigure les cycles de Schumann et Chopin.

Nicolas Economou

La carrière de Nicolas Economou fut accidentellement interrompue en 1993 alors qu’il n’avait que quarante ans. Reconnu par la grande Martha Argerich avec laquelle il enregistra des extraits de Casse-Noisette pour deux pianos chez Deutsche Grammophon, et par le pianiste brésilien Nelson Freire comme l’un des interprètes les plus doués de sa génération, il occupe une place tout à fait originale dans le monde du clavier de cette fin du XXe siècle.
Chypriote, né à Nicosie, il affirme dès l’âge de cinq ans et demi des aptitudes exceptionnelles qui le conduiront sur le devant de la scène. Après des études à l’Académie Musicale grecque de Nicosie auprès de George Arvanitakis, un premier prix à onze ans au concours Panhellenique il entre à l’Ecole Centrale du Conservatoire de musique Tchaïkovsky de Moscou dans la classe de Nina Emilianova puis à seize ans, au Conservatoire du même nom. Installé en Allemagne en 1972, il donne des concerts dans le monde entier où son talent protéïforme est acclamé. Il est amené à enregistrer en 1991 pour Deutsche Grammophon les Kreisleriana de Schumann et les Tableaux d’une Exposition de Moussorsky. Il donne de ces pages une vision possédée par le feu intérieure et captivante de sensibilité. La critique ne tarit pas d’éloges à l’issue de ses apparitions en public qui ne laissent jamais indifférent. Soliste au tempérament de braise, volcanique, engagé dans ses choix interprétatifs, il sait apporter par l’originalité de sa conception et la luminosité de son timbre, un éclairage particulier et toujours intéressant ,voire surprenant, sur les œuvres qu’il défend avec une autorité sans faille.
Son répertoire est d’une grande diversité et concerne tout autant Bach, Mozart, Chopin, Schumann, Liszt - il excelle dans la Sonate en si mineur ou la Mephisto Valse - que Tchaïkovsky, Rachmaninov, Scriabine et Prokofiev.
Après un concert donné en France à La Roque d’Anthéron, on pouvait lire dans le Méridional de Marseille sous la plume d’Eric de Gaudemar que “Economou était la plus extraordinaire personnalité découverte à La Roque au cours des cinq dernières années. Ce fait justifiait à lui seul l’existence du Festival”.
Homme attachant, chaleureux, il n’a jamais ménagé sa générosité et a multiplié les expériences musicales les plus variées. En 199O par exemple, il participe au tournage d’un film pour la télévision suisse de Zurich où il improvise au piano pendant que danse l’étoile du Bolchoï Maya Plisetskaya. Chef d’orchestre il dirige l’Orchestre de chambre de Moscou et fonde l’Ensemble des solistes de Munich. Organisateur du Festival d’été de piano de Munich, peu de temps avant sa mort, il collabore en tant que directeur artistique au Festival de musique “Pianisti non Solo” à Venise où il tient également le rôle de pianiste et chef d’orchestre.
Compositeur reconnu, il a écrit pour le ballet, le piano et l’orchestre mais aussi pour le cinéma qui le sollicitera à sept reprises. Il est d’ailleurs invité en 1988 et 1990 par l’Union des Compositeurs d’URSS à participer à une Conférence Mondiale respectivement à Moscou et à Saint-Petersbourg.
Sa disparition précoce a laissé un vide immense que modestement, ses admirateurs et amis essaient aujourd’hui de combler en rendant hommage à l’immensité de son talent.
Michel Le Naour

 

Extraits de presse :

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