Nicolas Economou
La carrière de Nicolas Economou fut accidentellement interrompue
en 1993 alors qu’il n’avait que quarante ans. Reconnu
par la grande Martha Argerich avec laquelle il enregistra des extraits
de Casse-Noisette pour deux pianos chez Deutsche Grammophon, et par
le pianiste brésilien Nelson Freire comme l’un des interprètes
les plus doués de sa génération, il occupe une
place tout à fait originale dans le monde du clavier de cette
fin du XXe siècle.
Chypriote, né à Nicosie, il affirme dès l’âge
de cinq ans et demi des aptitudes exceptionnelles qui le conduiront
sur le devant de la scène. Après des études à
l’Académie Musicale grecque de Nicosie auprès
de George Arvanitakis, un premier prix à onze ans au concours
Panhellenique il entre à l’Ecole Centrale du Conservatoire
de musique Tchaïkovsky de Moscou dans la classe de Nina Emilianova
puis à seize ans, au Conservatoire du même nom. Installé
en Allemagne en 1972, il donne des concerts dans le monde entier où
son talent protéïforme est acclamé. Il est amené
à enregistrer en 1991 pour Deutsche Grammophon les Kreisleriana
de Schumann et les Tableaux d’une Exposition de Moussorsky.
Il donne de ces pages une vision possédée par le feu
intérieure et captivante de sensibilité. La critique
ne tarit pas d’éloges à l’issue de ses apparitions
en public qui ne laissent jamais indifférent. Soliste au tempérament
de braise, volcanique, engagé dans ses choix interprétatifs,
il sait apporter par l’originalité de sa conception et
la luminosité de son timbre, un éclairage particulier
et toujours intéressant ,voire surprenant, sur les œuvres
qu’il défend avec une autorité sans faille.
Son répertoire est d’une grande diversité et concerne
tout autant Bach, Mozart, Chopin, Schumann, Liszt - il excelle dans
la Sonate en si mineur ou la Mephisto Valse - que Tchaïkovsky,
Rachmaninov, Scriabine et Prokofiev.
Après un concert donné en France à La Roque d’Anthéron,
on pouvait lire dans le Méridional de Marseille sous la plume
d’Eric de Gaudemar que “Economou était la plus
extraordinaire personnalité découverte à La Roque
au cours des cinq dernières années. Ce fait justifiait
à lui seul l’existence du Festival”.
Homme attachant, chaleureux, il n’a jamais ménagé
sa générosité et a multiplié les expériences
musicales les plus variées. En 199O par exemple, il participe
au tournage d’un film pour la télévision suisse
de Zurich où il improvise au piano pendant que danse l’étoile
du Bolchoï Maya Plisetskaya. Chef d’orchestre il dirige
l’Orchestre de chambre de Moscou et fonde l’Ensemble des
solistes de Munich. Organisateur du Festival d’été
de piano de Munich, peu de temps avant sa mort, il collabore en tant
que directeur artistique au Festival de musique “Pianisti non
Solo” à Venise où il tient également le
rôle de pianiste et chef d’orchestre.
Compositeur reconnu, il a écrit pour le ballet, le piano et
l’orchestre mais aussi pour le cinéma qui le sollicitera
à sept reprises. Il est d’ailleurs invité en 1988
et 1990 par l’Union des Compositeurs d’URSS à participer
à une Conférence Mondiale respectivement à Moscou
et à Saint-Petersbourg.
Sa disparition précoce a laissé un vide immense que
modestement, ses admirateurs et amis essaient aujourd’hui de
combler en rendant hommage à l’immensité de son
talent.
Michel Le Naour
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